S'informer Actualités
Le 19 décembre 2006, l’UDA et l’association Isidore ont co-organisé un colloque pour présenter le rôle des médias numériques dans la diffusion des bonnes pratiques de l’ensemble des professionnels de santé. Comme l’a rappelé en introduction Henri Parent (Bon Usage Conseil), le colloque a comporté deux temps forts : dans un premier temps, il a été passé en revue quelques expériences significatives de diffusions d’informations et de formation auprès des professionnels de santé au sens large. Dans une seconde partie, les organisateurs ont cherché à montrer en quoi les nouveaux médias permettent de favoriser l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP).
C’est cette orientation qui a conduit à solliciter la présence, comme grand témoin, d’Etienne CANIARD, membre du Collège de la Haute Autorité de santé (HAS) et président de la commission Qualité et diffusion de l'information médicale de la HAS.
Le rôle d’Isidore par Nathalie Le Gorrec
La présidente d’Isidore a rappelé les buts et objectifs de l’association qui vise à promouvoir les médias numériques en instituant la transparence et la confiance entre les sites éditoriaux et les entreprises du médicament, et de manière générale, à faire progresser la qualité des nouveaux médias. Deux axes ont été travaillés par Isidore ; le premier pour mettre en œuvre des méthodes et des outils de mesure de la fréquentation des sites internet, via le contrôle exercé par un tiers de confiance, en l’occurrence l’OJD ; le second a abouti à la constitution d’un référentiel sous l’égide du Bureau Véritas pour certifier la qualité des professionnels de santé inscrits dans les bases de données des visiteurs de sites éditoriaux et ainsi qu’aux abonnés aux newsletters que ces éditeurs adressent aux professionnels de santé. Nathalie Le Gorrec a exprimé le souhait qu’Etienne Caniard ait l’occasion au cours de la matinée de donner son avis sur les actions pragmatiques d’Isidore par rapport à la vision qu’il a exprimée dans un article de la Tribune du 8 décembre 2006 sur le thème de «la santé en ligne bientôt protégée» et qui constitue un des axes de priorité de la HAS pour la certification des sites médicaux.
L’adhésion aux bonnes pratiques, un enjeu de crédibilité pour le e-detailing par Jérôme Stevens (résumé de l’intervention)
Ce sont les laboratoires qui désignent les médecins qui ont préalablement accepté ce type de contacts. La visite à distance met le médecin en présence du site internet en même temps qu’un opérateur appelle le médecin au téléphone. C’est la pratique recommandée par l’Afssaps, la seule méthode pratiquée par DirectMédica pour que le médecin les éléments de l’ADV sous les yeux en même temps que la présentation orale. Les RCP (résumé des caractéristiques du produit) sont envoyés par e-mail à l’issue de la visite. La technique permet de toucher très rapidement une cible de médecins ou de pharmaciens et d’avoir une traçabilité complète des échanges avec les professionnels visités. La durée d’une visite est de l’ordre de 8 à 12 mn de présentation pour un seul produit. Le taux de succès est de l’ordre de 20 %. Le nombre de visites effectuées par jour est en moyenne de 9 à 10, soit sensiblement plus que les 6 visites effectuées par un VM classique. La visite à distance peut être renouvelée selon un processus de scénarisation. Les principaux freins à la visite à distance viennent du manque d’intégration aux autres moyens promotionnels. La visite à distance a été cantonnée à des cibles réfractaires ou non visitées. Cela commence à évoluer et progressivement on voit la visite de terrain et la visite à distance se rapprocher. Dans tous les cas, il faut rester prudent et estimer que la VM à distance ne représentera jamais qu’une part modeste de la VM. Si on compare le développement de la VMD à celui d’internet, on peut dire que le e-commerce atteint 5 % du commerce global, alors que la VMD n’atteint pas encore ce seuil. La VMD est également en progrès aux Etats-Unis.
Visite médicale interactive par Gérard Amsellem, PPDL (résumé de l’intervention)
L’expérience du monde de la santé remonte à 1998 pour PPDL lorsque la société a mis au moins un logiciel Praxis pour diffuser sur internet des vidéo de formation, d’information et de promotion sous le nom de VMI. Gérard Amsellem en présente les caractéristiques en utilisant une vidéo accessible sur le site Praxis.com permettant à tout médecin identifié avec un mot de passe de visionner les contenus proposés. Tous les programmes vidéo sont accessibles toute l’année et à tout moment. L’exemple visionné se rapporte à une visite médicale commentée par un expert reconnu et fournit un témoignage d’un médecin. Par ailleurs, une newsletter est adressée chaque semaine aux médecins inscrits dans la base de données. Un relais par la presse médicale classique permet de faire connaître le produit auprès des médecins (articles dans le Quotidien du médecin). Les laboratoires incitent également les médecins par le biais de leurs visiteurs médicaux à consulter le site. L’effet de ce type de média sur le comportement des médecins a pu être testé à l’occasion du dépistage rapide de l’angine. Une séquence vidéo très bien faite grâce à l’aide, entre autres, de Monsieur Janot, chef de service à Cochin, permettait à tout praticien d’être en mesure d’effectuer le test de dépistage rapide en 7 minutes.
Formation à distance : Comment analyser une publication et préparer à l'investigation clinique par le Docteur Bertrand Mouret, de l’Institut de Recherche en Médecine générale (résumé de l’intervention)
La question se pose du choix des moyens pour permettre aux médecins d’assurer leur formation professionnelle, eux qui manquent tragiquement de temps pour remplir cette obligation. Le contexte actuel nécessite la recherche de nouvelles approches relationnelles pour faciliter les choses. En effet, un tiers des médecins rejettent la visite médicale, un tiers la réduisent strictement et un tiers participent à des réunions professionnelles. Ces nouvelles opportunités de FMC s’appuient sur des textes relatifs à la FMC agréée, telle que la prévoit la nouvelle charte signée entre le LEEM et le Centre national de formation continue (CNFMC). Cette charte clarifie les relations entre les laboratoires pharmaceutiques et les organismes de FMC. C’est ainsi qu’a été bâti avec Sanofi-Aventis un nouveau support de formation appelé la net FMC qui consiste à réunir sur un site internet un petit groupe de médecins animé par un animateur qui commente le programme et interagit avec le groupe. Le nombre de sessions (4 à 5) et le rythme des sessions (tous les 15 jours), ainsi que les horaires sont adaptés à l’emploi du temps du médecin. Chaque session dure 45mn et peut se tenir le midi ou le soir. L’exemple relaté ici s’applique à la lecture critique d’un tiré à part émanant d’une revue scientifique et une session consacrée aux bonnes pratiques des essais cliniques. Pour pouvoir obtenir des points de FMC, les médecins doivent accepter un contrôle d’acquisition des connaissances quelques mois après la session de formation et cela est relativement bien accepté.
EPIMAP : la cartographie des épidémies commentées sur Pratis TV (résumé de l’intervention)
Ce sujet devait être traité par Thierry Blanchon, Président du réseau Sentinelle de l’INSERM, mais empêché au dernier moment, ce dernier a été représenté par Gérard Amsellem qui a projeté une vidéo dans la laquelle Thierry Blanchon expose les nouvelles sur le front des épidémies.
L’épidémie de gastro-entérite n’est pas encore déclarée à cette époque de l’année (novembre). Sur le front de la grippe, tout reste encore très calme. Il est recommandé aux personnes sensibles de se faire vacciner. Au-delà des épidémies, le réseau Sentinelle qui a passé un accord de partenariat avec Pratis TV communique l’évolution de certaines maladies tel que l’asthme aigu et révèle des informations sur les tentatives de suicides. Toutes ces émissions vidéo participent à la diffusion d’informations utiles pour la santé publique et les liens entre l’INSERM et Pratis TV sont appelés à se développer pour participer encore plus étroitement à la diffusion d’informations de santé publique.
Comment informer et former le pharmacien sur les médicaments sortis de la réserve hospitalière ? (résumé de l’intervention)
Dans son intervention, Gilles Braud, du Moniteur des Pharmacies, souligne les enjeux de santé publique qu’a revêtu la décision du décret de 2004 de sortir plus de 100 médicaments, très actifs et coûteux, exclusivement dispensés à l’hôpital, cela afin de permettre aux médecins de ville de pouvoir accompagner leurs patients ayant commencé un traitement à l’hôpital. Ce changement de mode de délivrance devait être largement connu des pharmaciens afin qu’il n’y ait pas de flottement dans les renouvellements de prescriptions faites dans ces conditions. C’est ce à quoi s’est employé le Moniteur des pharmacies en créant, outre les informations classiques publiées dans le journal, tout un dispositif de e-conférences sur la sortie de la délivrance hospitalière qui ont suscité un très fort intérêt et degré de satisfaction des pharmaciens qui les ont suivies.
A la fin de cette première partie illustrative, Henri Parent tire une première synthèse dans laquelle il retient le contexte dans lequel se développe l’actualité médicale et pharmaceutique, de plus en plus riche et de plus en plus complexe, mais instable – et sur ce point, les médias numériques apportent déjà une réponse par leur souplesse et leur adaptabilité ; un contexte dans lequel le temps médical ou le temps pharmaceutique est de plus en plus contraint, car les professionnels ont de plus en plus de mal à dégager du temps pour s’informer et se former ; un contexte où les professionnels de santé deviennent de plus en plus exigeants à l’égard de l’industrie du médicament, en terme de qualité, d’exhaustivité, d’objectivité des informations produites ; un contexte où s’affirment déjà une grande multiplicité et diversité de l’offre de communication numérique soumise par ailleurs à la réglementation de la publicité médicale. Il invite ensuite Etienne Caniard à donner ses premières réactions sur ce qu’il a entendu au cours de cette première partie.
Etienne Caniard constate que les expériences présentées confirment les choix de la HAS. Il faut éviter la tentation de vouloir trop réglementer et préférer l’incitation à la contrainte. La HAS a choisi de travailler avec les acteurs du système et cherche à donner du sens à son action en se plaçant résolument du côté de l’utilisateur et non du côté de l’institution.
En écoutant les différentes présentations, Etienne Caniard souligne qu’il aurait aimé entendre quelques critiques – certaines sont sûrement justifiées – sur les conditions de mise en œuvre de la loi pour tenter de les améliorer plutôt qu’un discours qui montre la parfaite conformité aux textes de toutes les pratiques… au point que l’on peut se demander si une action pour améliorer la qualité de l’information est utile ! S’il est évident pour chacun que les contraintes liées à la démographie médicale, à l’exigence des médecins vis-à-vis de l’information qu’ils reçoivent, au manque de temps, à la pression des patients, ouvrent un champ important aux media numériques, leurs spécificités imposent des démarches nouvelles en terme de qualité de l’information ainsi véhiculée. L’exigence de lecture critique qui est souvent rappelée nécessite à la fois des formations adaptées et l’existence de marqueurs de qualité si l’on veut enclencher ce cercle vertueux qui fait du développement de l’analyse critique le meilleur levier d’amélioration de l’information.
De la même façon les possibilités offertes par l’interactivité doivent être exploitées plus largement qu’aujourd’hui y compris pour assurer une remontée d’information et développer des études d’impact. A ce propos E. Caniard rappelle que la HAS a décidé, chaque fois que cela est possible de développer des mesures d’impact sur ses actions afin de voir comment évoluent les comportements, les prescriptions ou la relation médecin/patient. Répondant à plusieurs questions, Etienne Caniard ajoute qu’en ce qui concerne la certification des sites internet il ne s’agit pas de contrôler les contenus, contrôle qui revient plutôt à l’Afssaps pour l’information sur le médicament à travers la commission de contrôle de la publicité.
Il s’agit de mettre en place un référentiel comme celui d’HON (Health On the Net) qui par la satisfaction à de nombreux critères (indépendance, traçabilité, …) permet de distinguer les sites dont l’information est a priori plus pertinente. La HAS travaille à une collaboration avec HON, estimant que la notoriété et la qualité de ce label (plus de 5 000 sites labellisés) sont des atouts qu’il convient de valoriser plutôt que de risquer d’ajouter à la confusion en créant ex-nihilo un label nouveau. Parallèlement la HAS élabore une recommandation pour les internautes et veut également travailler avec les professionnels de santé sur le rôle d’Internet dans leur relation avec leurs patients. Il faut que les médecins comprennent l’intérêt qu’ils peuvent avoir à recommander à leurs patients la consultation de sites pertinents plutôt que de se placer en position défensive vis-à-vis d’une information plus ou moins bien comprise. Certains médecins disent qu’il préfèrent un patient non informé à un patient mal informé, nous voudrions les aider à avoir des patients bien informés !
Nathalie Le Gorrec rappelle que la problématique des sites internet grand public n’a pas été évoquée volontairement, car il aurait fallu une demi-journée pour traiter ce seul sujet. Puis concernant HON, elle évoque le problème des informations mises sur un intranet qui basculent ensuite sur internet ouvert. Quelles authentifications cela nécessite-t-il ? Etienne Caniard estime que le contrôle des forums, attachés à certains sites, est essentiel. Henri Parent souligne le paradoxe évoqué par Etienne Caniard que les médias numériques facilitent à la fois l’accès à l’information et en même temps relèvent le niveau d’exigences qu’on doit avoir à l’égard de ceux qui mettent en ligne cette information.
Henri Parent soulève la question de voir dans quelle mesure la FMC peut apporter une forme de réponse à ce paradoxe. Etienne Caniard rappelle que les agréments ne visent généralement que les procédures et qu’il est difficilement envisageable de vérifier les contenus, y compris pour la formation. Il ajoute que le rôle de la HAS est de définir les procédures de transparence sur les modes d’élaboration des programmes. Il faut ensuite mettre en place des outils de mesure de la satisfaction du client final et des outils de suivi du changement des comportements. C’est la meilleure façon d’évaluer les contenus sans se placer dans une position de censeur a priori, ni souhaitable, ni réaliste.
Le catalogue et l’index des sites médicaux francophones (CISMeF) et bonnes pratiques professionnelles par le Docteur Jean-Philippe LEROY du CHU de Rouen (résumé de l’intervention)
Créé dès 1995, ce catalogue et index en ligne est géré par le département de recherche du CHU de Rouen et a pour objectif de référencer tous les sites santé en vue d’améliorer la recherche de l’information en santé. Destiné initialement aux médecins, ce catalogue est ouvert désormais à tous les professionnels de santé, les étudiants, les patients et le grand public. Une dizaine de personnes le tiennent à jour actuellement. Il contient plus de 23 000 ressources indexées dont 5 000 automatiquement. Il reçoit la visite de près de 50 000 visiteurs chaque jour ouvré. Le budget du CISMef est de 300 000 euros par an dont 30 % sont assurés par le CHU. Jean-Philippe Leroy énonce les méthodes d’indexation et mentionne les entrées sur les bonnes pratiques qu’il est possible de trouver dans CISMeF (conférences de consensus, références médicales opposables, recommandations professionnelles).
Vidal Recos : outil d’aide à la décision thérapeutique par Catherine Bérard-German (résumé de la présentation)
Vidal Recos est un outil qui a pour objet d’aider les médecins à comparer leurs pratiques thérapeutiques avec les recommandations qu’ils ne connaissent pas toujours et qui ne sont ni très accessibles, ni faciles à utiliser. Vidal Recos offre donc une solution pratique pour accéder à ces informations. Tout d’abord des synthèses ont été rassemblées dans un livre fin 2005 ; elles ont été réalisées par plus de 60 experts spécialistes (hospitaliers, généralistes).
Ces synthèses ont servi à constituer le site internet www.vidalrecos.fr permettant de présenter les recommandations par domaine thérapeutique ou par ordre alphabétique, sélectionnées en fonction des pathologies les plus fréquentes en médecine de ville. Un moteur de recherche, mis au point avec la collaboration du CSIMeF, permet de faciliter l’accès aux recommandations francophones et internationales, à partir du vocabulaire usuel pratiqué par le praticien.
Enfin un film d’actualité présente les nouvelles recommandations ou les actualisations de recommandations plus anciennes. Chaque recommandation comprend un arbre décisionnel qui est une synthèse de la démarche thérapeutique qui va guider le médecin du diagnostic jusqu’au traitement. Des grades indiquent le niveau de preuve scientifique de chaque recommandation tel qu’il est fourni par la littérature. A partir de l’arbre décisionnel, on arrive aux médicaments présentés de façon exhaustive par DCI.
On accède au site en s’abonnant pour un montant de 39 euros par an. Pour que les médecins s’approprient cet outil, il est nécessaire qu’ils y recourent dans leur pratique quotidienne et cela passe en grande partie par l’intégration dans les logiciels médicaux.
Evaluation des pratiques en officine par Jean Charles Tellier, Vice-président de la Section A de l’Ordre national des pharmaciens (résumé de la présentation)
Lorsqu’il s’est agit pour l’Ordre d’engager la pharmacie dans un projet de démarche qualité à l’officine, il ne pouvait s’appuyer que sur internet, présent dans toutes les officines et ne nécessitant d’engager aucun coût supplémentaire. Il s’agissait d’entraîner les pharmaciens et leurs équipes dans une démarche volontaire. Avant qu’un référentiel ne soit élaboré, l’Ordre a engagé une large consultation à l’aide d’un questionnaire de sensibilisation couvrant les six grands secteurs de l’officine dès lors qu’un patient franchit le seuil d’une pharmacie : la gestion de l’officine et la gestion des ressources humaines, la dispensation, l’activité de prévention et d’éducation santé, les problèmes de locaux, de matériels, d’achats et de stocks, l’enregistrement et l’archivage et l’assurance qualité. Le questionnaire a été testé auprès de 335 officines et son déploiement se fera par un accès permanent sur le site www.eqo.fr (évaluation de la qualité à l’officine).
Evaluation des pratiques professionnelles en médecine générale par Alain Trebucq, Huveaux (résumé de l’intervention)
Le groupe Huveaux fait partie de la cinquantaine d’organismes agréés par la HAS pour gérer l’évaluation de pratiques professionnelles dont il est rappelé qu’elle donne droit à 100 crédits sur un ensemble de 250 ouverts pour la période quinquennale ouverte depuis 2005 au titre de la FMC obligatoire.
Les programmes EPP mis en place par Huveaux comportent cinq phases, de l’annonce du programme via les revues de formation du groupe puis du lancement d’une campagne de recrutement de généralistes pour participer à une première évaluation à l’aide d’un questionnaire d’évaluation installé sur le site Egora. Dans une troisième phase, la restitution s’opère dans des réunions de formation réunissant en petits groupes dirigés une quinzaine de médecins pour échanger sur les pratiques collectives constatées et les écarts avec les pratiques recommandées. Après cette séance, il est procédé quelques semaines plus tard à une nouvelle administration du même questionnaire qui permettra en dernière phase de constater les améliorations sur une quinzaine de patients vus en clientèle.
La phase de recrutement porte actuellement sur 1 000 généralistes et porte sur la thématique du repérage précoce des buveurs excessifs en consultation de médecine générale. Cette action est soutenue financièrement par l’Institut national du cancer et la mission interministérielle pour la lutte contre la drogue et la toxicomanie avec le parrainage du Ministère de la santé après qu’un appel d’offre ait été lancé par l’Institut national du cancer. Elle se terminera en novembre 2007 lors des journées nationales de médecine générale organisées par le groupe Huveaux chaque année.
Sur une question relative aux sources de financement de la FMC et de l’EPP, Etienne Caniard fait un retour en arrière sur la mise en place du système d’agrément des organismes de FMC et d’EPP en insistant sur la nécessaire articulation entre les deux démarches. Toutefois, les dispositifs juridiques sont en cours d’installation et on peut craindre un certain imbroglio dans la mise en œuvre des deux dispositifs. Les agréments des organismes d’EPP sont délivrés par la HAS sur avis du CNFMC, alors que les agréments des organismes de FMC sont délivrés par le CNFMC après un avis de la HAS ; par ailleurs on est lié aujourd’hui à la création des conseils régionaux de FMC. En ce qui concerne l’EPP, la HAS a agréé un peu plus d’une cinquantaine d’organismes aujourd’hui sur la base de critères d’indépendance et de transparence financière ; l’offre d’EPP est ouverte et s’appuie sur des modèles économiques très divers, en privilégiant des méthodes simples. En ce qui concerne le financement on pense toujours au rôle de l’industrie pharmaceutique. Il faut d’ailleurs souligner qu’il n’y a pas d’unanimité sur cette question même dans l’industrie, car certains considèrent qu’il n’est pas normal que les laboratoires financent la FMC. En revanche, au nom du principe de réalité, Etienne Caniard ne pense pas qu’il faille exclure certains partenaires qui auraient envie de jouer un rôle en la matière. Une bonne vision des choses consisterait à disposer de critères simples qui permettraient de distinguer la FMC et l’EPP.
La question des fondations ou instituts créés par des firmes pharmaceutiques et qui sont engagées depuis longtemps dans la FMC se pose, d’autant que la charte sur la FMC signée par le LEEM et le ministère de la santé repose sur le principe de la multiplicité des financements. Quelle serait l’attitude de la HAS si des demandes d’agrément provenaient de ces fondations ? Etienne Caniard estime qu’il faudra harmoniser l’ensemble des démarches et réglementations ou chartes élaborées en la matière. Il ne lui semble pas approprié de s’appuyer sur la personnalité juridique des organismes mais plutôt sur leurs pratiques. Il faudra privilégier des critères de méthodes, d’indépendance des conseils scientifiques et d’indépendance d’élaboration des programmes, plutôt que des particularités juridiques tel que les fondations d’entreprises.
En tant que Président de la section Industrie du médicament de l’UDA, Christian Eole a témoigné de l’attitude des annonceurs pharmaceutiques à l’égard des médias numériques, attitude marquée par un très vif intérêt et une certaine réserve. Cet attentisme s’explique, selon lui, par le fait que sur 100 médecins généralistes ayant un contact avec internet un tiers seulement visite des sites d’entreprises pharmaceutiques et ce pourcentage tombe à 16 % pour les médecins spécialistes !
Regardant au-delà de la pharmacie, Christian Eole s’interroge sur la façon dont est envisagée la convergence des bonnes pratiques dans l’univers plus large des instances européennes et de l’ensemble du monde industriel. Il a renvoyé aux travaux de la conférence internationale organisée par la Fédération mondiale des annonceurs et l’Union des annonceurs en mai dernier à Paris, et tout particulièrement à l’intervention de Viviane Reding, Commissaire européenne, chargée de la société de l’information et des médias. Il a constaté en fait que les préoccupations de la société globale et celles des opérateurs de l’univers de la santé sont très proches et que les esquisses de solutions des uns peuvent servir aux autres.
Qu’est ce qu’il faut entendre par le bouleversement induit par la convergence à laquelle Viviane Reding faisait allusion dans cette conférence ? C’est tout d’abord la numérisation des messages qui entraine leur fragmentation en permettant à ces derniers d’être découplés sur un grand nombre de supports différents et enfin, comme corollaire, c’est la fragmentation des audiences, c’est-à-dire le fait que les médias numériques ont accru considérablement l’offre de canaux différents d’informations, résultant dans une diminution des populations exposées aux médias classiques et une explosion des sous-populations spécifiques.
Christian Eole a mis l’accent sur deux points de la conclusion de Viviane Reding. Tout d’abord la pression croissante du législateur en matière de santé. L’Europe pose la question des problèmes de santé publique liés à la consommation de gras, de sucres, de sel, d’alcool, etc. Malgré cette préoccupation croissante, il faut souligner que la commissaire européenne estime qu’il ne faut pas s’entourer d’une législation superflue et que le meilleur moyen d’y parvenir c’est de faire appel à l’autorégulation et à la co-régulation. Le second point de sa conclusion, souligne que l’autorégulation se trouve de plus en plus encadrée par le consommateur lui-même devenant de-facto un véritable acteur.
Dans notre univers, a ajouté Christian Eole, les patients connaissent la même évolution et jouent le même rôle. Plus le patient, informé et attentif, prend du poids dans le colloque singulier avec le médecin, plus il contribue à la qualité des soins. L’irruption du patient en tant qu’acteur dans la demande de soins est un élément clé des attentes des médecins vis-à-vis de la sécurité des contenus de la communication des laboratoires, c’est à dire leur adaptabilité à la pratique quotidienne, leur exhaustivité et leur fiabilité. Il a évoqué les résultats d’études menées en Europe occidentale dont disposent les laboratoires sur la résistance des médecins à accompagner les innovations. Ils sont de plus en plus rares à vouloir innover et de plus en plus lents à modifier leurs pratiques médicales, ce qu’explique tout simplement le refus croissant du risque et de ses conséquences. De fait, la multiplication des canaux, et l’accessibilité à la bonne information rend pour le médecin les choses plus difficiles. On l’apprécie très bien dans le contenu des forums internet, et dans la multiplication des newsletters, que fréquentent les spécialistes aujourd’hui avant d’aller sur les sites officiels. Tous ces émetteurs justifieraient une cohérence des règles de bonnes pratiques, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.
Côté laboratoires, Christian Eole a relevé l’intensification de la concurrence qui s’exerce entre les firmes et la tentation de surenchère qui en résulte. L’influence positive viendra paradoxalement de ce qui passe du côté de la visite médicale où la réglementation et la réduction quantitative du nombre de contacts va modifier les règles d’une concurrence, essentiellement quantitative jusqu’à présent, pour s’intensifier cette fois sur le versant qualitatif du service. C’est à travers cette évolution qu’on va observer la convergence entre les pratiques des médecins et des laboratoires. On est face à un médecin qui change complètement de rôle. Il n’est plus un consommateur passif d’information ; face aux médias traditionnels, le praticien va se mettre à chercher de son côté, à cheminer, à investiguer avec sa propre stratégie.
Un dernier phénomène important a ajouté Christian Eole tient dans le rôle des études d’image que les laboratoires réalisent depuis longtemps, mais qui n’ont pas ou peu eu d’influence sur leurs pratiques concrètes jusqu’à présent. Aujourd’hui les choses semblent changer. Il existe bien une demi-douzaine d’études d’image sur les produits ou les firmes qui permettent de constater que les médecins commencent à discriminer entre les images perçues et à distinguer les laboratoires considérés comme proches des médecins en termes de services et les autres restées attachées à des modes traditionnels de communication. Les laboratoires commencent à étudier leur image et à en tirer les conséquences. C’est pourquoi une certaine convergence, entre les besoins nouveaux des médecins vis à vis de l’information sur les médicaments et l’offre des laboratoires est en train de s’adapter pour apporter une réponse pertinente.
La convergence est donc en marche ; en complément de considérations éthiques ou morales, il apparaît que la bonne pratique apporte aussi un plus économique et un tremplin de retour sur investissement.
La convergence sous entend qu’il y a une dynamique. Or si la pratique du médecin ne change pas dans l’absolu, sa perception de l’intérêt et son recours aux bonnes pratiques est en train d’évoluer. Face au foisonnement des canaux de communication et des émetteurs de contenus, il peut envisager une liberté de choix dans la consommation des médias concurrents.
C’est pourquoi il faut se garder de réaliser un empilement de strates de réglementation parcellaires, source de complexité, parfois d’ambiguïté et donc d’inefficience. Il faut penser global, penser souple, par analogies et benchmarks. Si une réglementation est nécessaire, elle ne peut se faire qu’avec tous les utilisateurs et bénéficiaires de l’information a conclu Christian Eole.
Pour clore la matinée, Nathalie le Gorrec a adressé au nom de l’association Isidore ses remerciements à tous les experts qui sont venus témoigner sur le rôle et les missions des médias numériques en matière d’information, de formation et d’évaluation des pratiques médicales. Elle remercie vivement Etienne Caniard d’avoir accepté de jouer le rôle de grand témoin et de répondre avec beaucoup de clarté aux nombreuses questions qui ont été posées. Elle remercie également Henri Parent pour sa contribution à la préparation de la réunion et à son animation. Enfin, elle adresse aux membres d’Isidore ses encouragements pour persévérer dans une voie qui n’est pas celle de la facilité pour permettre de faire progresser les bons usages de l’utilisation des médias numériques en plein essor.
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